Le 8 mai 2026 à 11h, la 81e cérémonie de commémoration du 8 mai 1945 s'est déroulée sur la place de la Mairie à Brette-les-Pins, en présence d'Elus Municipaux, de Mme Berthe, Conseillère Départementale, d'anciens combattants et de sapeurs-pompiers de Parigné-Brette.
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Voici la retranscription du discours de M. Fouchard, Maire de Brette-les-Pins :
"Mesdames et Messieurs,
Madame la Conseillère Départementale, Chère Isabelle,
Mesdames et Messieurs les élus,
Chers anciens combattants, chers porte-drapeaux,
Chers habitants de Brette-les-Pins,
Chers enfants,
Il y a des rendez-vous que l'on ne choisit pas — on les hérite. Le 8 mai est de ceux-là. Chaque année, nous revenons ici, devant ce monument, devant ces noms gravés dans la pierre. Des noms qui sont aussi des noms de familles de notre commune, des noms que certains d'entre nous portent encore. Et chaque année, ce rendez-vous nous rappelle une vérité simple, mais vertigineuse en ces temps troublés : la paix n’a jamais été et n'est pas notre état « naturel ». Elle a été une conquête !
Il y a quatre-vingts ans, presque jour pour jour, à 23h01, heure de Berlin — soit dans la nuit du 8 au 9 mai — l'Allemagne nazie signait sa capitulation sans conditions. Après cinq années d'une guerre d'une violence inouïe, après plus de 60 millions de morts dans le monde, après la Shoah, après les bombardements, les déportations, les famines et les ruines, l'Europe pouvait enfin entendre le silence des armes.
En France, ce 8 mai 1945 résonnait d'autant plus fort que notre pays avait connu l'humiliation de la défaite de 1940, l'occupation, la Collaboration, mais aussi — et il faut s'en souvenir avec fierté — la Résistance. Ces hommes et ces femmes qui avaient dit non. Qui avaient choisi la dignité contre la soumission, la liberté contre la survie confortable.
Ici, dans notre Sarthe, cette histoire-là n'est pas abstraite. Notre département a vécu sous la botte allemande pendant quatre longues années. Le Mans a été libéré le 8 août 1944 — et beaucoup de nos anciens se souviennent, ou leurs parents leur ont raconté, ce mélange de joie et de larmes, de soulagement et de deuil, car la libération venait après tant de pertes.
Nos campagnes, nos villages, nos fermes ont vu passer des soldats alliés, ont caché des résistants, ont pleuré des fusillés.
Brette-les-Pins n'a pas été épargnée. Ces noms gravés sur notre Monument aux morts ne sont pas de simples inscriptions administratives. Ils ont été, souvenons-nous en, des visages, des histoires, des vies fauchées. Ils avaient vingt ans, vingt-cinq ans, parfois plus. Comme nous aujourd’hui, ils aimaient Brette, son bocage, ses rues, ses chemins, ses champs, sa forêt ! Ils méritaient de vieillir ici, parmi nous. C'est pour eux, d'abord, que nous sommes là ce matin.
Mais une commémoration n'est pas seulement un regard en arrière. C'est aussi une boussole pour aujourd'hui.
Ce que la Seconde Guerre mondiale nous a enseigné, avec une brutalité sans appel, c'est que les valeurs de la République ne sont jamais acquises définitivement. Liberté, Égalité, Fraternité : ces trois mots que nous voyons au fronton de notre mairie ont failli disparaître avec la guerre. Des hommes et des femmes ont payé de leur vie pour qu'ils survivent.
Notre liberté, c’est celle que nous avons toutes et tous de penser, de parler, de croire ou de ne pas croire, d'être qui l'on est sans craindre une rafle à l'aube.
L'égalité … ce principe que nul n'est supérieur à un autre par sa naissance, sa religion, sa race, sa couleur, son poste, sa fonction. Ce principe que le nazisme avait érigé en mensonge meurtrier, en hiérarchisant l'humanité jusqu'à nier l'humanité même de certains.
La fraternité… ce lien qui unit des inconnus parce qu'ils partagent un destin commun, une même communauté humaine. Cette fraternité que nous vivons ici, à Brette-les-Pins, dans nos associations, nos fêtes de village, notre école, nos commerces, notre quotidien partagé.
Ces valeurs, mes chers concitoyens, elles ne sont pas des décorations. Elles sont des engagements. Et les commémorer, c'est les renouveler.
Je ne ferai pas semblant, nous ne ferons pas semblant, ce matin, que le monde tourne rond.
Depuis le 24 février 2022, la guerre est revenue sur le sol européen et depuis le début de l’année 2026, d’autres régions du monde sont touchées par ce fléau qu’est la guerre.
L'Ukraine, un peuple, une nation, une démocratie, a été attaquée, envahie, bombardée. Des villes entières ont été rasées. Des civils massacrés. Des enfants déportés. Les mots que nous utilisions pour désigner les horreurs du passé — crimes de guerre, exactions, terreur — sont revenus dans les journaux, dans nos conversations, dans les yeux des réfugiés qui sont venus frapper à nos portes. Ne nous y habituons pas !
Une puissance qui nie le droit à l'existence d'un peuple voisin, qui efface son histoire, qui bombarde ses monuments, qui veut le soumettre par la force…cela, nous l'avons déjà vécu. Et nous savons ce que ça coûte de l'avoir laissé faire trop longtemps.
Rendre hommage aux combattants de 1939-1945, c'est aussi avoir le courage de dire que la paix en Europe n'est pas une évidence et qu'elle exige de notre part une vigilance constante, un soutien aux peuples qui se battent pour leur liberté, et une solidarité sans ambiguïté avec les victimes.
Plus largement, le monde traverse une période de troubles. Au Moyen-Orient, les civils continuent de mourir sous les bombes. Partout, des voix s'élèvent pour remettre en cause les institutions, les traités, les alliances bâties précisément pour empêcher que la barbarie ne se répète. Nous devons être vigilants. La démocratie peut mourir, non seulement sous les tanks, mais aussi par l'indifférence, par la résignation, par le vote qui s'en va là où le mensonge s'installe.
Permettez-moi une réflexion plus intime, plus locale.
Je suis maire de cette commune depuis maintenant deux mandats. Vous m'avez accordé à nouveau votre confiance, et je la prends comme une responsabilité, pas comme un honneur personnel. Ce que j'aime dans cette fonction, particulièrement grâce aux cérémonies commémoratives que nous partageons, c'est qu'elle me rappelle que la République commence ici, à notre échelle. Dans une commune de 2 200 habitants, dans un village de la Sarthe.
La République, ce n'est pas seulement l'Élysée ou l'Assemblée Nationale. C'est aussi notre conseil municipal qui délibère, notre école qui enseigne, notre salle des fêtes qui accueille nos moments festifs, notre monument aux morts devant lequel on se rassemble. C'est ici que tout commence.
Et c'est pourquoi je demande chaque année — et je redemande cette année encore — aux enseignants, aux parents, aux associations : faites venir les enfants à ces cérémonies ! Pas pour leur infliger un cours d'histoire en plein air. Mais parce que voir des anciens combattants en chair et en os, toucher un drapeau qui a traversé les décennies, poser une fleur sur un nom gravé dans la pierre — cela laisse une trace que ne laisse aucun manuel scolaire.
Mesdames et Messieurs,
Dans quelques instants, nous allons nous recueillir, déposer des fleurs, sonner et chanter La Marseillaise. Des gestes simples, répétés depuis 81 ans. Des gestes que d'aucuns pourraient trouver désuets.
Mais je crois, profondément, qu'ils sont nécessaires. Parce qu'ils disent quelque chose d'essentiel : nous n'oublions pas. Nous n'oublions pas ceux qui sont morts pour que nous soyons libres. Nous n'oublions pas ce à quoi ressemble un monde sans démocratie. Et nous nous engageons, collectivement, à défendre ce monde qui s'est si chèrement construit sur les ruines de la barbarie.
Au nom de tous les élus de Brette-les-Pins, je rends hommage aux combattants de la Seconde Guerre mondiale, aux résistants, aux déportés, aux soldats du feu, à tous les civils qui ont souffert.
Je dis merci à nos porte-drapeaux, à nos anciens combattants, à nos pompiers, à ceux qui gardent vivante la flamme du souvenir.
Et je dis à chacun d'entre vous, mes chers concitoyens : prenez soin de la République. Elle vous appartient... elle nous appartient.
Vive Brette-les-Pins. Vive la République. Vive la France."


